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Refoulements en mer Égée : « Les Grecs ont jeté à l’eau toutes nos affaires et nos téléphones »

Stéphanie* a 28 ans. Il y a trois mois, elle s’est envolée depuis Kinshasa direction Istanbul, pour rejoindre son mari. Pour atteindre l’Europe, la jeune femme a ensuite pris un bateau depuis la Turquie. Mais son embarcation a été refoulée par les garde-côtes grecs, qu’elle appelle « militaires », à cause de leurs uniformes et de leurs armes.

« Je me suis mariée en 2019 à Kinshasa, en République démocratique du Congo. Mais deux mois après notre union, mon mari a dû quitter le pays. Il a pris l’avion pour Istanbul, est passé en Turquie, puis par la Grèce et l’Allemagne pour s’installer en France.

Il me manquait beaucoup et j’avais moi aussi des problèmes au pays. Alors j’ai voulu le rejoindre, et faire le même trajet que lui. J’ai pris l’avion à Kinshasa il y a trois mois, pour la Turquie. J’ai voulu ensuite rejoindre la Grèce par la mer, mais la traversée s’est très mal passée.

Ce jour-là, au début du mois de juin, je suis montée dans un bateau à 9h, et j’ai pris la mer. Il y avait une trentaine d’autres personnes avec moi : des hommes mais aussi quelques femmes du Cameroun et de Somalie avec leurs enfants, et des Syriens.

>> À (re)lire : Mer Égée : « Des hommes en uniforme ont percé notre embarcation »

Quatre heures environ après notre départ, nous sommes arrivés tout près de l’île de Samos. Mais avant que l’on puisse accoster, un navire grec s’est approché de nous. J’avais très peur. Les militaires nous ont ordonnés de monter dans leur bateau. Là, ils ont jeté à l’eau toutes nos affaires et nos téléphones. Quelques passagers ont quand même réussi à garder les leurs, mais moi ils m’ont forcé.

« Ils ont fait de grandes vagues avec leur navire »

Nous avons été divisés en deux groupes, d’une quinzaine de personnes. Ensuite, ils nous ont poussé à monter dans ce qu’ils appellent des « dinghy », des petites embarcations pneumatiques, sans moteur. Certains personnes ont protesté, et ont dit qu’elles ne monteraient pas. Alors les grecs nous ont menacé avec leurs armes. Nous n’avions plus le choix.

Un des deux « dinghy » dans lequel le groupe de Stéphanie a été forcé d’embarquer. Crédit : DR

Alors, nous avons tous embarqué dans deux embarcations différentes. Mais après ça, les militaires ne sont pas partis tout de suite. Ils ont tourné autour de nous, ce qui a fait de grandes vagues et du courant. J’ai crié car j’avais très peur que notre bateau se renverse. Il bougeait beaucoup. Heureusement, personne n’est tombé à l’eau. Au bout de longues minutes, les militaires grecs sont partis.

Un des passagers, qui avait réussi à cacher son téléphone, a appelé une personne du Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), mais il n’a pas pu obtenir d’aide. Donc il a contacté les secours en Turquie. Nous avons attendu longtemps, en plein soleil. Nous ne savions pas trop s’ils allaient venir.

>> À (re)lire : « Ils nous ont crié de rentrer chez nous » : les refoulements illégaux de migrants continuent en mer Égée

À 17h, nous avons vu un bateau turc qui venait vers nous. Nous avons grimpé à bord, et il nous a ramené à Bodrum (ville côtière turque, ndlr). J’ai été placé dans un centre quelques jours, avant d’être relâchée.

Cette traversée m’a traumatisée. Depuis, je suis à l’hôpital à Izmir, on me donne des médicaments car j’ai très mal au ventre. Et je suis très angoissée, j’ai encore peur ».

Les garde-côtes grecs sont régulièrement accusés de pratiquer des refoulements violents et illégaux d’embarcations de migrants, vers les eaux territoriales turques. De janvier à mars 2021, l’ONG Mare Liberum a recensé 55 cas de refoulements, qui ont concerné 1 480 personnes.

*Le prénom a été modifié.

Guineesignal

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