INTERNATIONAL

Départs depuis la Tunisie : un été record

En juillet et août, environ 8 000 personnes, dont une majorité de Tunisiens, ont atteint les côtes italiennes. Un chiffre record, qui s’explique en partie par une situation économique et social moribonde dans le pays.

Cet été, les départs depuis la Tunisie ont explosé. En août, 3 904 migrants ont rejoint les côtes italiennes, soit 40% de plus qu’au même mois l’année dernière. Les autorités tunisiennes ont quant à elles empêché 5 582 personnes de quitter le pays. Les trois quarts de ces interceptions ont été effectuées en pleine mer, avec « la coordination des parties italiennes et européennes », qui selon le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES), « ont joué un rôle prépondérant », indique l’association dans son dernier rapport.

La région de Sfax, dans le sud-est, deuxième province économique après Tunis, concentre plus de la moitié des départs, à 56,6%. Les villes de Médenine et de Mahdia, sont d’autres points de départs pour les migrants tunisiens. Les forces de l’ordre y ont effectuées respectivement, en août, 14,15%, et 10,9% des arrestations.

Destination l’Italie

Nouveau phénomène observé cet été, les personnes interceptées sont à 71,5% de nationalité tunisienne, « soit le chiffre le plus élevé de cette année ». En moyenne, depuis janvier 2021, les ressortissants tunisiens représentent en effet 46,88% des migrants arrêtés.

Pour les candidats à l’exil, la destination se situe non loin des côtes tunisiennes, sur la petite île italienne de Lampedusa, où depuis Sfax, les bateaux effectuent « entre un et deux jours de traversée », avait affirmé à InfoMigrants Nicolo Binello, médecin italien et membre de Médecins sans frontières (MSF). En juillet, plus de 4 000 personnes y ont débarqué. Certains jours, cet été, ses côtes ont même accueilli plus de 800 arrivées en 24h.

D’autres îles italiennes, comme la Sicile, ont également accueilli les migrants originaires de Tunisie. Ces derniers représentent 14,4 % de toutes les arrivées en Italie au premier semestre cette année et « constituent ainsi la deuxième nationalité des migrants débarqués sur les côtes italiennes », d’après le FTDES.

« Migration familiale »

Depuis le début de l’année, plus de 10 000 personnes au total ont rejoint l’Italie depuis la Tunisie. Un chiffre en hausse de 27% par rapport à la même période en 2020. Pour l’association, les causes de cette augmentation sont diverses. « L’amélioration des conditions climatiques » a par exemple poussé davantage d’exilés dans les bateaux, faisant apparaître un « phénomène de migration familiale ». En août, parmi les 3 904 personnes ayant rejoint l’Italie se trouvaient aussi 502 mineurs non accompagnés, 138 mineurs accompagnés et 149 femmes.

Chamseddine Marzoug, un pêcheur tunisien à la retraite rencontré par InfoMigrants en a fait l’amer expérience. Le 14 août dernier, son épouse et deux de ses petits-enfants de huit et six ans ont pris la mer pour l’Italie. D’après lui, la plupart des passagers sur cette embarcation étaient des femmes et des enfants. Une forme de « regroupement familial » organisé clandestinement pour contourner les difficultés bureaucratiques.

>> À (re)lire : Départs clandestins depuis la Tunisie : « Ma femme est partie sans me prévenir, la surprise était totale »

Autre facteur à l’origine de cet exode record : « Le contexte économique et social en Tunisie, qui ne connaît aucune évolution », et suscite « un état de défiance envers l’avenir et un sentiment d’insécurité », explique le FTDES. Début août le président Kaïs Saïed avait assuré « que ce qu’il s’est passé en 2011 ne se répétera pas », faisant allusion à la recrudescence des départs des Tunisiens après la chute du président Zine el-Abidine Ben Ali. À cette époque, environ 20 000 ressortissants tunisiens avaient débarqué à Lampedusa, en traversant la Méditerranée.

Mais les chiffres des départs et les témoignages de Tunisiens recueillis par la presse le contredisent. « À Tunis, il n’y a pas besoin de chercher longtemps pour trouver des jeunes qui pensent à quitter le pays, raconte un reportage de RFI. Maher, 25 ans, habite ces faubourgs de la Medina et n’a que cette idée en tête […] immigrer ». Le jeune homme « n’a pas peur de prendre la mer, malgré les dangers. « C’est quoi le problème ? Si je meurs dans la mer, ça ne me dérange pas. De toute façon, c’est comme vivre ici. Ça ne ferait pas de différence. Si Dieu le décide ainsi, je mourrais. »

Avec infomigrants

Guineesignal

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