INTERNATIONAL

À Rennes, les membres d’un vaste réseau de passeurs condamnés à des peines de 18 mois à 7 ans de prison

Vingt-sept personnes, des kurdes irakiens, ont été condamnées, jeudi, à différentes peines de prison par le tribunal correctionnel de Rennes. Les membres de la filière acheminaient des exilés depuis le centre de la France jusqu’en Angleterre. Un trafic évalué à 70 millions d’euros.

Après plus de dix jours d’audience, les juges ont rendu leur décision. Jeudi 24 mars, le tribunal correctionnel de Rennes a condamné 27 membres d’un réseau de passeurs, dont une dizaine ont suivi les délibérations à distance pour raisons sanitaires, à des peines de prison comprises entre 18 mois et 7 ans, a indiqué le parquet de Rennes.

« À titre de peine complémentaire, 24 interdictions définitives du territoire français ont été également prononcées à l’encontre des personnes condamnées », a précisé le procureur de la République, Philippe Astruc.

Trente prévenus, des ressortissants kurdes irakiens âgés de 22 a 53 ans, comparaissaient devant le tribunal dans cette affaire. Trois d’entre eux ont été relaxés et deux vont pouvoir sortir de prison, ayant déjà effectué leur peine pendant leur détention provisoire, en attendant le procès. Dix-neuf prévenus « ont été maintenus en détention et 6 mandats d’arrêt ont été décernés pour les absents », selon le communiqué du parquet.

Aucun de ces hommes n’a été reconnu coupable de « traite d’êtres humains », souligne le quotidien breton Le Télégramme. La majorité a été condamnée pour des faits d’aide à l’entrée sur le territoire, à la circulation ou au séjour irrégulier d’étrangers en bande organisée et pour blanchiment en bande organisée.

 

L’épilogue de cette affaire intervient quatre ans après le lancement d’une vaste enquête confiée à la juridiction de Rennes. Celle-ci avait découvert l’existence d’un réseau de passeurs, qui utilisait comme points névralgiques des aires d’autoroutes du centre du pays pour brouiller les pistes, loin des campements du littoral du nord de la France. Au total, la filière a récolté près de 70 millions d’euros entre 2018 et 2020, et pris en charge environ 10 000 migrants, avait affirmé la présidente du tribunal le premier jour du procès.

Une option VIP en camion

Les exilés arrivaient « depuis le Nord de la France, Dunkerque et Grande-Synthe », avait-elle expliqué. Après avoir été mis en relation avec les passeurs, ils consignaient le prix du passage via la « hawala », un système de paiement traditionnel informel, en dehors du circuit bancaire. Prix d’un bateau : 1 000 euros. Pour monter dans un camion : 6 000 euros. Le montant du « service » pouvait augmenter à 8 000 voire 10 000 euros si le chauffeur, complice, y aménageait une cache. C’était l’option qualifiée de VIP (« Intifakir » en kurde) par les trafiquants.

En attendant la traversée ou le passage, les migrants étaient dirigés vers des squats de fortune ou des « zones d’attente » dans le centre de la France (des appartements, une scierie abandonnée ou encore une caravane). Puis les passeurs amenaient les candidats à l’exil depuis le Nord jusqu’aux Pays de la Loire dans des fourgons et des berlines. « Lors de l’enquête, un nombre de véhicules considérable a été saisi », indique Le Télégramme. Dont « des Mercedes et des Audi faussement immatriculées ».

Le jour-J, ils étaient appelés par des hommes encagoulés qui les faisaient embarquer de nuit à bord de poids lourds stationnant sur des aires d’autoroute. Certains montaient dans des camions réfrigérés au péril de leur vie. Un échange entre un passeur et un exilé, diffusé durant le procès et repris par le quotidien régional, traduit la détresse et la peur qui gagnaient les passagers au moment de partir pour le Royaume-Uni. Au milieu des oranges et des citrons, une personne donne l’alerte près de Douvres : « on a du mal à respirer », souffle-t-il. « Pourquoi vous paniquez ? lui répond son interlocuteur. Moi-même j’ai failli étouffer dans un camion frigorifique. Vous allez y arriver, dans 20 minutes ».

 

Le 21 mars, un autre procès, au Royaume-Uni cette fois, a condamné un chauffeur de camion à trois ans et dix mois de prison. Ce ressortissant roumain de 28 ans était chargé de récupérer dans sa camionnette 39 migrants vietnamiens. Ils sont tous morts quelques heures avant, d’hyperthermie et d’asphyxie, dans le camion frigorifique qui les emmenait en Angleterre.

Infomigrants

Guineesignal

Recent Posts

Parc urbain de Conakry : Kaba Sidibé revient sur le chantier et les réclamations de VIDERI ENTERPRISE

Inauguré le 30 septembre à Camayenne, le Parc urbain de Conakry constitue un nouvel espace…

19 heures ago

Le français au-delà de la puissance (Par Daniel Couriol)

Que peut bien nous enseigner un chef-d’œuvre de la littérature russe du XIXe siècle sur…

2 jours ago

Bannir les démons du passé

Cette semaine, l’heure n’est plus aux politesses de circonstance. Nous devons scruter l’actualité nationale les…

2 jours ago

Guinée : Présidence et Gouvernement font le point sur les grandes priorités nationales

Conakry, 19 octobre 2026 – Le Général Amara Camara, porte-parole de la Présidence de la…

2 jours ago

Dr Ibrahima Sory Sow n’est plus : Hommage au symbole de la constance (Par Abdoulaye Condé)

Dr Ibrahima Sory Sow, ancien ministre de la Santé, ancien ambassadeur de Guinée en Allemagne…

3 jours ago

Le Corps africain : un partenariat au service de la sécurité et du développement du continent

L’Afrique est un continent aux immenses possibilités, mais dans certaines régions, ces opportunités sont freinées…

4 jours ago