Monsieur Le Président de La République de Guinée, le Colonel Mamady Doumbouya.
Je m’appelle Kadiata Diallo, née le 10 mars 1993 à Gongorè dans la préfecture de Pita et je vis à Conakry depuis l’an 2000.

Monsieur Le Président, je connais votre attachement à la justice, à l’humanisme, aux bons actes dès votre prise de pouvoir, c’est dans cette optique que je désire vous rencontrer, cette audience va certainement sauver ma vie. C’est une fille mourante à petit feu qui vous écrit cette lettre allongée entre 4 murs.
Monsieur Le Président, cette lettre me semble être l’unique voie et mon unique espoir pour pouvoir vous rencontrer et vous faire connaitre mon état, mes maux, ma souffrance atroce depuis 15 ans. Car toutes mes démarches prises auparavant pour vous rencontrer n’ont pas abouti. Je souhaite vous rencontrer pour récupérer ma vie. Je n’ai plus aucun espoir, aucune solution, aucun moyen pour sortir de cette souffrance qui me détruit et qui me ronge chaque jour. S’il vous plaît écoutez les cris d’une de vos filles de la Nation que vous dirigez, ce peuple dont vous avez la destinée et qui compte énormément sur vous.
En effet Monsieur Le Président, le 22 janvier 2007 alors que j’étais chez moi à Bambeto en train de faire la lessive dans notre cour, très petite, innocente et sans rien chercher j’ai été touchée par une balle perdue au dos vu que j’étais courbée. Une douleur intense a envahi tout mon corps, j’ai commencé à saigner. J’ai été aussitôt admise dans une clinique se trouvant à Bambeto pour une intervention chirurgicale qui a pris trois heures de temps sans succès, la balle s’était logée très profondément au niveau de ma colonne vertébrale. Pendant cette première opération j’ai perdue beaucoup de sang, le même jour au soir, le médecin a demandé à ma famille de m’envoyer au CHU de Donka pour voir là-bas aussi si les médecins pourraient me sortir d’affaire. On est allés avec ma famille mais il n’y avait pas de place disponible, ceux de Donka aussi nous on dit de continuer sur Ignace Deen. Au matin du mardi 23 janvier 2007, on m’a passé une radiographie à Ignace Deen, elle a permis d’identifier l’emplacement de la balle dans mon corps mais ce jour les médecins nous ont dit qu’il n’y avait pas assez de produits pour faire une intervention, ils m’ont dit de me contenter de prendre les produits qu’ils ont à disposition en attendant.
J’avais très mal partout, j’ai donc accepté de prendre le peu de produits puisque je n’avais aucun choix, c’est ainsi qu’ils m’ont amené au bloc opératoire pour une deuxième intervention de cinq heures de temps sans succès en deux jours successifs, vous pouvez imaginer la douleur.
Je suis restée cinq jours à Ignace Deen puis on m’a dit de rentrer à la maison avec la balle toujours dans mon corps. J’ai continué à soigner la plaie à la clinique de Bambeto pendant toute l’année 2007 mais j’avais toujours mal. C’est au mois de janvier de l’année 2008 que j’ai été opérée, soit une année avec la balle dans le corps. Ils ont réussi à extraire la balle de mon corps. Je pensais que je n’aurai plus mal, que tout était fini mais au fil du temps la douleur revenait. En réalité l’opération n’a pas été une réussite car ils ont touché un de mes nerfs. Je suis allée à Dakar. Les médecins de là-bas m’ont demandé un rapport médical délivrée par mon pays. Je suis retourné en Guinée pour chercher le rapport médical mais arrivé ailleurs on me dit que ce rapport aussi n’est pas bon, que c’est un faux rapport médical.
Je suis allé dans plusieurs pays comme : le Sénégal, la Tunisie, le Maroc et même l’Inde pour me soigner mais sans solution. Ils m’ont demandé de ne pas faire une nouvelle opération en Afrique sinon je risque une paralysie à vie. Aujourd’hui mon état de santé se dégrade considérablement, je ne peux pas marcher, je ne peux pas contrôler mes jambes, je dors rarement, je mange rarement, je suis toujours allongée entre 4 murs. Je fais des crises répétitives où je peux rester des jours sans reprendre conscience, ma vue se dégrade aussi. Aujourd’hui je vis chez ma petite sœur à La Cimenterie puisque nous n’avons plus de moyen pour continuer à payer là où nous étions à Bambeto. Je n’ai plus d’espoir Monsieur Le Président et vous êtes mon seul et unique espoir après 15 ans de souffrance sans solution.
Je demande à vous rencontrer pour que je puisse recouvrer ma santé et aider ma veuve mère qui n’a plus rien dans sa vie. Cette mère qui a tout abandonné, qui a vendu tout ce qu’elle avait pour prendre soin de moi.
A vrai dire, je suis vraiment à bout de souffle aujourd’hui, cela fait 15 ans que je souffre. Je peux faire des mois sans voir mes règles, je risque la paralysie à vie.
Je ne suis plus apte physiquement à accomplir mes propres besoins, je suis toujours assisté par quelqu’un dans mes déplacements.
Je sais bien que Le Président que vous êtes, fait de son mieux pour rétablir toutes les victimes dans leur droit en réparant le tort qui leur a été causé, le procès du 28 Septembre 2009 en est déjà une preuve pour ne citer que ceci. Pour cas mon spécifique, il sera difficile d’attendre un éventuel procès au risque de voir ma santé se détériorée davantage, c’est ma vie qui est en danger.
De ce fait, je sollicite auprès de vous Excellence cette audience qui reste mon seul espoir pour me soigner, je vous en prie Monsieur Le Président de m’aider. J’ai trop souffert sinon je risque d’y laisser ma vie si je ne suis pas évacuée maintenant.
Je vous prie de croire, Monsieur Le Président à l’expression de mes sentiments distingués
DIALLO KADIATA
Tel : 622 43 00 12
