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    « Il n’y a pas de vie pour nous ici »: malgré l’asile, l’errance d’une famille congolaise à Mayotte

    Guineesignal5 août 2023
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    Pascal*, 39 ans, Divine*, 34 ans et leur fille de 3 ans sont arrivés à Mayotte le 28 novembre 2022. Comme 48% des Congolais qui demandent la protection à Mayotte, ils ont obtenu l’asile. Malgré cela, rien n’a changé pour eux. Ils vivent toujours à la rue et ne « mangent qu’une fois par jour », un peu de riz. Le père de famille raconte le calvaire des siens.

    « J’ai obtenu l’asile le 17 mars 2023. J’étais vraiment heureux au début, mais en fait, avoir la protection de la France à Mayotte n’a absolument rien changé. Cela va faire cinq mois que moi et ma famille nous vivons toujours dans la rue, et nous n’avons rien pour subvenir à nos besoins.

    Pour manger, nous n’avons le droit, par mois, qu’à 30 euros par adulte et 10 euros pour ma fille [distribués par Solidarité Mayotte, l’association en charge de l’accompagnement des demandeurs d’asile sur l’île, ndlr]. Comment est-on censé nourrir trois personnes avec 70 euros par mois ? C’est impossible. On mange une seule fois par jour, un petit peu de riz, sans rien. On achète que ça parce que c’est le produit le moins cher. Et en plus, nous n’avons droit aux bons alimentaires que pendant six mois, comment va-t-on faire après ?

    >> À (re)lire : Mayotte : des droits particuliers pour les étrangers

    On est une centaine d’exilés entassés dans la rue devant Solidarité Mayotte. Chaque jour, de nouvelles personnes nous rejoignent. Il y a des Congolais, des Rwandais, des Somaliens, des Burundais… Et ici, personne n’a rien. On a des petits matelas en mousse qu’on met sur le côté la journée et qu’on sort une fois la nuit tombée, c’est tout. Ici, il n’y a pas de vie pour nous. Il n’y a pas de logement. Si seulement on pouvait trouver un petit endroit pour avoir une vie, dormir ou juste pouvoir faire sa toilette…

    Faute de place d’hébergement, des dizaines de demandeurs d’asile et réfugiés à Mayotte, comme Pascal et sa famille, dorment dans cette rue devant les locaux de Solidarité Mayotte. Ici, environ 550 places d’hébergement, parfois temporaires, sont disponibles. Mais le chiffre est bien insuffisant : rien que l’année dernière, 4 200 personnes ont déposé une première demande d’asile.

    « Ce n’est pas une vie pour une fille de trois ans »

    Ma fille de trois ans est asthmatique. C’est dangereux pour elle de vivre comme ça dans la rue. Parfois, elle fait des crises et on doit l’emmener à l’hôpital. Heureusement, maintenant, on a de la Ventoline mais elle tombe souvent malade à cause du froid la nuit ou de la pluie… Ce n’est pas une vie pour une petite fille.

    Et nous ne sommes pas en sécurité. Il y a des jeunes délinquants qui viennent parfois la nuit. Ils arrivent quand nous dormons et nous frappent avec des bâtons. La dernière fois, il y a un homme qui a fini à l’hôpital. Il y est resté une semaine.

    On attend l’extrait de naissance pour faire nos passeports et quitter l’île, mais on désespère. Il n’arrive pas. Pendant ce temps, on ne peut même pas travailler, rien. On est pris au piège par nos papiers.

    Contacté par Infomigrants, Solidarité Mayotte confirme que les délais s’allongent pour la délivrance de certains documents, pouvant ainsi occasionner une rupture de droits. Concernant les logements, l’association évoque également un dispositif « saturé ».

    « J’ai payé 1 200 euros »

    Nous avons quitté la RDC à cause des combats en mai 2022. Des hommes sont venus et ils ont tué mes deux parents avant de tout piller chez moi. J’ai décidé, avec ma famille, de prendre tous les risques sur la route de l’exil, pour ne pas être tué.

    C’est pour fuir la violence des groupes armés comme le M23, qui sévissent dans l’est de la RDC que la famille a pris la route vers Mayotte. Comme de nombreux autres ressortissants des pays d’Afrique des Grands lacs et de l’Est, ils sont de plus en plus à emprunter la route vers Mayotte via les Comores. Entre 2018 et 2022, le nombre de premières demandes d’asile à Mayotte a été multiplié par quatre.

    >> À (re)lire : À Mayotte, les migrants d’Afrique des Grands Lacs en quête d’asile, malgré l’opération Wuambushu

    Avec un groupe de Congolais, nous sommes donc allés jusqu’en Tanzanie à pied. À Dar es Salam, [ville portuaire de l’est de la Tanzanie, ndlr], nous avons rencontré des gens qui nous ont hébergés et nous ont organisé le voyage en bateau pour rejoindre Mayotte via les Comores. J’ai payé 1 200 euros et après quatre jours de navigation, nous étions à Mayotte. »

    *Les prénoms ont été modifiés

    infomigrants

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