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    GRAND ANGLE

    Ce n’est pas un cadeau, mais un droit : redresser le déploiement chaotique de la Carte d’identité numérique en Guinée

    Guineesignal12 mai 2025
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    Cet article de Thierno Mohamadou Diallo est né de l’expérience difficile qu’il a récemment vécue à Conakry en tentant d’obtenir sa carte d’identité numérique. Il partage ce vécu non seulement de manière personnelle, mais également pour alerter les autorités sur les frustrations généralisées auxquelles nos concitoyens sont confrontés. C’est un appel au respect de la dignité des usagers et à une réforme urgente de la qualité du service public.

    Bonne lecture !

    Récemment, j’ai fait la queue devant l’un des centres officiels d’enregistrement pour la carte d’identité numérique en Guinée — appelés curieusement commissariat. Ce qui devait être un moment de fierté civique s’est vite transformé en une épreuve marquée par l’impolitesse, les retards et le mépris. Les citoyens, jeunes et vieux, y sont traités non pas comme des acteurs d’un programme national de développement, mais comme des gêneurs. Pour un programme aussi vital que l’identification numérique, c’est bien plus qu’un échec : c’est une rupture de confiance entre l’État et son peuple.

    Soyons clairs : la délivrance d’une carte d’identité numérique n’est pas un geste de générosité du gouvernement. C’est un droit constitutionnel, enraciné dans le contrat social entre l’État et le citoyen. Pourtant, dans tout le pays — des rues encombrées de Conakry aux plateaux de Mamou et Labé — cette campagne de carte d’identité dite “gratuite” est entachée d’inefficacité, de mauvaise communication et d’un manque flagrant de courtoisie de la part de ceux qui la mettent en œuvre.

    Réalités rurales : l’attente éternelle et le manque de respect

    Dans les zones rurales comme Mamou, Kindia, Kankan ou Labé, la situation est encore plus exaspérante. Les centres d’enregistrement sont peu nombreux, mal équipés, et souvent débordés. Les citoyens patientent pendant des heures — parfois des jours — pour finalement être renvoyés à cause de pannes de machine ou d’agents qui écourtent leur journée.

    Beaucoup déclarent s’être enregistrés sans jamais recevoir leur carte. Certains attendent des semaines, d’autres ne reçoivent aucune information. Le message implicite est limpide : pour obtenir sa carte à temps, il vaut mieux payer discrètement.

    Cela vide complètement de son sens un système censé être gratuit et inclusif. En réalité, il est devenu coûteux, discriminatoire et sujet à la corruption. De nombreux Guinéens affirment aujourd’hui qu’ils préfèrent payer pour obtenir leur carte dans un délai raisonnable, plutôt que de subir l’incertitude et l’humiliation du système actuel. Ce qui aurait dû être une fierté nationale devient un foyer de frustration et de transactions informelles.

    Le problème n’est pas la politique, mais sa mise en œuvre

    L’idée d’une carte d’identité numérique est en soi louable. Lorsqu’elles sont bien conçues, ces cartes deviennent l’épine dorsale d’un État moderne. Elles permettent l’accès à l’éducation, aux soins de santé, aux services bancaires, au droit de vote et à d’autres services publics. Pour les gouvernements, elles fournissent une base de données fiable pour la planification, la répartition des ressources et la sécurité.

    Mais tous ces avantages s’effondrent quand la mise en œuvre est marquée par la désorganisation, l’absence de contrôle et le mépris des citoyens. Le problème ne vient pas de la politique elle-même, mais du manque de personnel formé et responsable. Beaucoup d’agents dans ces commissariats semblent ignorer les principes de base de l’administration publique : respect, équité et efficacité.

    Dans certains centres, les citoyens sont accueillis avec hostilité. Dans d’autres, on les renvoie sans explication claire. À Mamou, par exemple, certains habitants disent avoir dû revenir trois ou quatre fois — à leurs propres frais — pour compléter leur inscription.

    Urgence d’une culture du service public

    Ce qu’il faut en Guinée, de toute urgence, c’est un changement de culture dans la fonction publique. Les agents de l’État doivent comprendre que servir le public n’est pas un privilège, mais une obligation. Leur salaire est payé par les ressources nationales alimentées par les mêmes citoyens qu’ils méprisent.

    Les fonctionnaires doivent se défaire de cette idée qu’ils rendent un service gracieux. En réalité, ce sont les citoyens qui rendent service à l’État en acceptant de participer à un processus qui leur donne si peu en retour. Une formation obligatoire en éthique du service public, communication et littératie numérique doit être mise en œuvre dans tous les commissariats.

    Une opportunité perdue pour le développement

    Ironiquement, la mise en place d’un modeste tarif — de 10 000 à 20 000 francs guinéens par carte — aurait pu générer des ressources durables pour répondre à d’autres besoins cruciaux du pays, comme l’éducation ou la santé. De nombreux citoyens, notamment en zone urbaine, paieraient volontiers s’ils avaient l’assurance d’un service de qualité dans des délais raisonnables.

    D’autres pays offrent des exemples inspirants. Au Rwanda, le système de carte d’identité est entièrement numérisé et intégré aux services publics. Les citoyens peuvent faire leur demande en ligne et reçoivent leur carte en moins d’une semaine. Une petite contribution est demandée et réinvestie dans les infrastructures publiques, renforçant la confiance et la qualité du service.

    En Inde, le programme Aadhaar — le plus grand système biométrique au monde — a surmonté ses débuts difficiles grâce à des réformes administratives et des mécanismes solides de gestion des plaintes. Il facilite aujourd’hui les services bancaires numériques, les subventions publiques et l’enregistrement électoral.

    Au Nigéria, la Commission nationale de gestion de l’identité (NIMC) a amélioré la distribution des cartes grâce à des partenariats public-privé et des unités mobiles d’enregistrement dans les zones défavorisées. Les retours des citoyens ont contribué à l’adaptation du système, et les principes de protection des données sont respectés.

    Ce que la Guinée doit faire

    La Guinée peut — et doit — s’inspirer de ces exemples :

    • Centrer le service sur le citoyen : Offrir un accueil digne, humain, et respectueux.
    • Introduire une récupération de coûts : Imposer un tarif modique et transparent sans compromettre l’équité.
    • Former les agents : Non seulement sur l’aspect technique, mais aussi sur l’éthique et la communication.
    • Créer un système de réclamations : Offrir des voies claires pour signaler les abus et les retards sans représailles.
    • Mieux communiquer : Lancer des campagnes d’information dans les langues locales pour expliquer le processus, les délais, et les pièces nécessaires.

     

    L’heure des réformes a sonné

    Ce n’est pas uniquement un appel au gouvernement, mais à chaque agent assis derrière un bureau dans les commissariats. Faites preuve d’humilité. Vous n’êtes pas au-dessus du peuple. Vous êtes payés pour le servir.

    La vraie valeur de la carte d’identité numérique ne réside pas uniquement dans sa puce ou sa base de données, mais dans la dignité avec laquelle elle est délivrée. Que ce programme ne soit pas un échec bureaucratique de plus, mais un symbole de modernisation et d’inclusion.

    Si la Guinée veut véritablement avancer vers l’unité nationale et une gouvernance efficace, elle doit dépasser les discours. Formez vos agents. Évaluez leurs performances. Écoutez les citoyens. Et surtout, traitez-les avec le respect qu’ils méritent.

    Ce n’est pas à propos de vous. C’est à propos de l’avenir de la Guinée — une carte à la fois.

    Par Thierno Mohamadou Diallo, enseignant-chercheur en relations internationales et en anglais à l’Université Général Lansana Conté de Sonfonia-Conakry (UGLC-SC), doctorant à l’Université de Sierra Leone.

    tmdiallo2019@gmail.com

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