Il fut un temps où entendre un gyrophare suffisait pour que tout le monde se range sur le côté, sans hésiter et sans se poser de questions. Parce qu’on savait : soit c’était un haut commis de l’État en mission, soit une ambulance avec une question de vie ou de mort à l’intérieur.
Ce temps-là semble révolu.
Aujourd’hui, n’importe qui commande un gyrophare en ligne ou ailleurs, l’installe sur son véhicule et circule dans Conakry comme s’il était au-dessus de tout et de tous. Des sens interdits ? Il s’en fiche. Des lignes de circulation ? Il s’en fiche. Des autres usagers ? Il s’en fiche.
Tout cela sous l’œil impuissant de nos policiers. La raison, eux seuls peuvent nous la dire.
Le policier se tait. Et la pagaille continue.
Pendant ce temps, de pauvres taximètres voient leurs véhicules cognés. Des motocyclistes tombent. Des citoyens ordinaires subissent. Et personne ne répond de rien. Même lorsqu’ils causent des dégâts, certains ne daignent même pas s’arrêter.
Chers gouvernants, ce désordre vous appartient. Pas parce que vous l’avez voulu, mais parce que vous le tolérez. Et ce qu’on tolère finit toujours par s’installer comme une norme.
L’ami du Président n’est pas le Président. Le petit du ministre n’est pas le ministre. Et posséder un gyrophare ne confère aucune prérogative légale à un simple particulier.
Si rien n’est fait rapidement, croyez-moi, bientôt tout le monde sera porteur de gyrophares. Parce qu’à la fin, tout le monde est pressé. Et si la règle ne s’applique pas à certains, elle finira par ne plus s’appliquer à personne.
Donnez un sens aux règles. Donnez un sens aux prérogatives légales. Donnez à chaque citoyen la conscience de sa place dans cette société.
Ce n’est pas une demande extravagante. C’est le minimum d’un État qui fonctionne.
Souleymane Baldé
Entrepreneur
