Quand le soleil se lève, les coqs chantent. Mais à Hamdallaye, ce chant n’annonce pas le début de la journée des femmes : la leur a commencé bien avant.
À cinq heures du matin, dans la plupart des maisons du quartier, des dizaines de jeunes femmes se pressent déjà à La Cuve — ces réservoirs surélevés qui alimentent le quartier. Bidon après bidon, seau après seau, elles remplissent la citerne de mille litres de chaque Cour. En moyenne, huit femmes par maison. Sur la tête, souvent sans une main pour retenir la charge, sur un sol de pierres. Trois cent soixante-cinq jours par an.
Vers sept heures, les plus petites s’y joignent avec leurs bassines de cinq litres. Ça glisse, ça se renverse ; sans colère ni larmes, elles rechargent et recommencent. Elles grandissent.
Une seule entrée, toute une vie
La Cour, à Hamdallaye, explique tout : un grand portail, un long couloir bordé de maisons de part et d’autre. Neuf maisons dans le cas d’Oumou, plus d’une demi-douzaine de familles, une seule entrée. La vie, là, se passe à l’intérieur. À huit heures, les pères partent au travail ; les mères lavent, une à une, les tenues de la veille, puis cuisinent sur le fourneau, car les petits reviendront affamés.
Une structure, pas un geste
Avant l’école, les enfants viennent dire bonjour à Maman Oumou, la matriarche. Ils m’appellent « Fôté », le Blanc, et éclatent de rire quand je réponds « Fôré », le Noir. Ils ne demandent rien, seulement de la présence. Se retrouver, à peine levé, à serrer contre soi six ou sept enfants qui rient : cela n’a pas de prix.
L’hospitalité guinéenne n’est pas un geste. C’est une structure. On vous intègre à la famille comme si vous en aviez toujours fait partie. Mais la Cour ne devient vraiment elle-même qu’à la tombée de la nuit — j’y reviens la semaine prochaine.
Par Javier Albarracín, président de Wonma Bokhi
