L’école est à deux pâtés de maisons de la Cour de Hamdallaye. À sept heures et demie, au signal de l’aîné, les enfants se mettent en route.
Dix minutes par ces rues de latérite, cette croûte rouge, en enjambant parfois un filet d’eaux usées. Dix minutes qu’ils parcourent en chantant, attentifs les uns aux autres. Impossible qu’un enfant reste à la traîne sans que celui d’à côté ne le remarque. Une discipline qu’ils ont dans le sang — non par obligation, mais par responsabilité envers leurs frères et leurs cousins.
À huit heures moins le quart, alignés dans la cour, en uniforme, ils chantent l’hymne national et entrent en classe. Trois cours de deux heures jusqu’à quatorze heures, puis la maison, les devoirs sous le bras. Beaucoup étudient encore la nuit, à la lueur d’une bougie, après avoir aidé à la maison.
Une ardoise et presque rien
Au primaire, pas de cahiers : chaque enfant a une ardoise, qu’il lève quand le maître ordonne « ça y est ! ». Tous les livres se transmettent, loués à l’école ou cédés par le grand frère. Le directeur, Ousmane Barry, et le médecin de l’école nous ont ouvert leurs portes en grand. Les enfants, d’une politesse extrême, se disputaient pour saluer le mari d’une ancienne élève, riant de mon français maladroit et de mon soussou encore pire.
Le double défi des filles
Certaines quittent l’école avant l’heure pour aider à la maison, ou parce que la famille, quand il faut choisir, scolarise d’abord le garçon. Qu’Oumou soit allée jusqu’au bout n’était donc pas rien.
Mais derrière les uniformes, il y a une chose que personne n’affiche dans la cour. J’en parle la semaine prochaine.
Par Javier Albarracín, président de Wonma Bokhi
