INTERNATIONAL

« Une fabrique de violence » : le nouveau CRA de Lyon qualifié d’ »inhumain »

Le nouveau Centre de rétention administrative de Lyon, dans l’est de la France, est la cible de toutes les critiques. Ambiance carcérale, accès limité aux soins, isolement des étrangers, inhumanité… autant de facteurs qui entraînent des violences. Le centre a pourtant été pensé comme un modèle pour la construction d’autres structures de ce type.

Il a été pensé comme un « projet pilote », supposé être dupliqué partout en France. Le nouveau Centre de rétention administrative (CRA) de Lyon, ouvert en janvier 2022 et inauguré en juillet par le ministre français de l’Intérieur Gérald Darmanin, essuie pourtant une pluie de critiques.

« Si l’objectif de ce centre est d’en faire un modèle pour les autres, c’est très problématique », affirme à InfoMigrants Assane Ndaw, directeur adjoint de Forum réfugiés, une association présente dans la structure pour apporter une aide administrative aux retenus. Tous les observateurs dénoncent, entre autres, les allures pénitentiaires du centre.

Le lieu, appelé CRA 2, a été construit pour un montant de 25 millions d’euros. Il est situé à proximité de l’aéroport de Lyon Saint-Exupéry et d’un autre centre de rétention déjà existant et récemment rénové, le CRA 1.

>> À (re)lire : Ouverture d’un nouveau CRA à Lyon, les associations dénoncent une « criminalisation de l’immigration »

D’une capacité de 140 places, la nouvelle structure accueille actuellement quelque 120 personnes, principalement des ressortissants du Maghreb et d’Europe de l’Est. La plupart sont des étrangers sortis de prison ou des sans-papiers interpellés dans la rue pour des troubles à l’ordre public.

Des retenus totalement isolés

Le bâtiment est découpé en sept blocs séparés, dans lesquels se trouvent 20 retenus, répartis dans 10 chambres. Au milieu de cet espace, une petite cour entourée de grillages. « En réalité, c’est une cage, pas une cour », signale à InfoMigrants le sénateur Europe Écologie Les verts (EELV) Thomas Dossus, qui a visité le centre le 14 avril avec la bâtonnière de Lyon, Marie-Josèphe Laurent.

Les associations, l’Ofii (Office français de l’immigration et de l’intégration) et le personnel médical sont cantonnés dans la zone d’accès contrôlé (ZAC). Chaque étranger peut accéder à ces services seulement une heure par jour. Les 23 autres heures de la journée, les retenus les passent dans leur bloc, livrés à eux-mêmes. Sans surveillance policière, ni activité.

La cour réservée à l’espace familles dans le CRA 2 de Lyon. Crédit : Thomas Dossus

Le centre a été construit de telle façon que les différents espaces ne communiquent pas entre eux. Ainsi, les retenus vivent en vase clos au milieu de murs de barbelés, avec peu de lumière naturelle et n’ont aucune interaction avec des personnes extérieures. Pour aller d’une zone à une autre, les policiers doivent passer par de nombreux sas de sécurité et badger plusieurs portes automatisées.

Selon le sénateur, en ce qui concerne l’alimentation, les étrangers se plaignent de ne pas recevoir assez de nourriture. De plus, ils n’ont qu’une demi-heure pour se restaurer. Lorsqu’ils arrivent dans le réfectoire, les plateaux repas sont déjà sur les tables.

« Ils ne croisent jamais personne. Ils sont totalement isolés du reste du monde. Il peut y avoir des bagarres sans que les autorités ne s’en rendent compte », assure Assane Ndaw. « Ceux qui construisent ce genre de lieu ne tiennent pas compte de la réalité, ils ne connaissent pas la rétention. Il y a quelque chose d’inhumain dans l’organisation de cette structure », déplore le responsable associatif.

« La violence est partout et s’exerce sur tous »

Un quotidien qui détériore la santé mentale des personnes. À mesure que se prolonge leur rétention, elles deviennent « agressives et complétement perdues », rapporte Thomas Dossus.

Tous ces « dysfonctionnements », selon les mots de Marie-Josèphe Laurent, entraînent inévitablement un climat de tensions. L’an dernier, l’association Forum réfugiés a cessé son activité à plusieurs reprises pour protester contre les conditions de travail. Les juristes craignaient pour leur sécurité en raison du manque d’effectifs policiers.

Les retenus sont deux par chambre. Crédit : Thomas Dossus

Le docteur Thomas Millot, qui officiait à mi-temps depuis cinq ans au premier CRA de Lyon puis au deuxième, a, quant à lui, démissionné en décembre 2022. Il estime que les conditions de base pour soigner les retenus ne sont pas réunies. C’est une société privée qui assure désormais les soins médicaux.

Dans une lettre ouverte, le médecin a dénoncé « une fabrique de violence particulièrement efficace et inhumaine ». « En l’absence de volonté politique de pacification dans les CRA, la violence est partout et s’exerce sur tous (…) C’est une grande vague d’agressivité qui s’installe et qui s’immisce dans tous les recoins du centre », raconte Thomas Millot, estimant avoir été lui-même « broyé par la politique rétentionnaire déshumanisée ».

>> À (re)lire : Un nouveau rapport souligne une fois encore un enfermement « inhumain » dans les CRA français

La bâtonnière de Lyon l’affirme elle aussi : « La violence découle de ce nouveau système. (…) Elle n’est pas intrinsèque à la qualité des personnes » enfermées.

Les CRA sont régulièrement critiqués par les associations pour leur univers carcéral et les conditions de vie difficiles observées à l’intérieur. Mais celui de Lyon semble rassembler à lui seul tous les problèmes recensés dans les autres structures. « J’en ai vu des centres de rétention, mais celui-là est le pire que je connaisse. Même les policiers disent qu’il est épouvantable », s’alarme Assane Ndaw.

Avec infomigrants

Guineesignal

Recent Posts

Parc urbain de Conakry : Kaba Sidibé revient sur le chantier et les réclamations de VIDERI ENTERPRISE

Inauguré le 30 septembre à Camayenne, le Parc urbain de Conakry constitue un nouvel espace…

15 heures ago

Le français au-delà de la puissance (Par Daniel Couriol)

Que peut bien nous enseigner un chef-d’œuvre de la littérature russe du XIXe siècle sur…

1 jour ago

Bannir les démons du passé

Cette semaine, l’heure n’est plus aux politesses de circonstance. Nous devons scruter l’actualité nationale les…

1 jour ago

Guinée : Présidence et Gouvernement font le point sur les grandes priorités nationales

Conakry, 19 octobre 2026 – Le Général Amara Camara, porte-parole de la Présidence de la…

2 jours ago

Dr Ibrahima Sory Sow n’est plus : Hommage au symbole de la constance (Par Abdoulaye Condé)

Dr Ibrahima Sory Sow, ancien ministre de la Santé, ancien ambassadeur de Guinée en Allemagne…

3 jours ago

Le Corps africain : un partenariat au service de la sécurité et du développement du continent

L’Afrique est un continent aux immenses possibilités, mais dans certaines régions, ces opportunités sont freinées…

4 jours ago