GRAND ANGLE

Mort soudaine de Super V: Peut-on vivre quand on s’attend à mourir ? (Par Tibou Kamara)

Le ciel nous tombe dessus et tout semble s’écrouler sous nos pieds. A cet instant précis d’émotion et de panique, on a le sentiment que tout s’est arrêté, qu’on est seul au monde, perdu et vulnérable. On ne peut avoir peur de l’épouvantail des épreuves, mais, on tremble toujours devant l’effroi de la mort d’une troublante tranquillité et d’autant sûre d’elle qu’on ne peut l’arrêter dans son élan irrépressible ni l’ajourner, à cause de son impatience à se déployer dans toute sa suprématie. Salifou Camara m’était si  proche, familier et cher que j’avoue pleurer, dans le chagrin et le désarroi, sa disparition brutale, hurler d’une douleur qu’on ne peut entendre que dans les murmures pudiques du silence, qu’on ne peut mesurer qu’aux battements d’un coeur éprouvé. Me voilà orphelin d’un ami de longue date. Je ne peux me résigner chaque fois à la fatalité ni forcer ma nature à combattre la nostalgie des jours meilleurs, la mélancolie des temps cruels. Salifou Camara, timide, s’est gardé de faire des adieux pathétiques, poli et courtois, a tiré sa révérence dans la dignité, sans provoquer de vagues ni lancer des cris d’alarme dans la détresse d’une maladie courte et sournoise. Je souffrirai de son absence et ne pourrai l’oublier, habité par une avalanche de bons souvenirs de notre amitié sincère et loyale, de notre fraternité vraie. Notre pacte de non agression et d’assistance mutuelle conclu dans la ferveur des engagements qui obligent est suspendu par la volonté de Dieu mais ne peut souffrir de l’ombre d’aucun doute, arrimé à l’obstination de liens insécables.

L’homme qui était souvent absent du pays, grand voyageur, est décédé au cours de l’un de ses déplacements à Paris où il avait ses habitudes, aimait passer du temps,  notamment au Drugstore qui est une des places qu’il a aimées fréquenter avec assiduité et volupté. On meurt souvent là où on s’est le mieux senti, là où on a plus aimé vivre parmi les gens qu’on porte dans son cœur, vraiment.

J’ai une pensée émue pour Kassory Fofana dont il fut l’alter égo, l’ami proche et soutien indéfectible. Tous les événements de la vie des Hommes, la plupart du temps, marqués au fer rouge des difficultés qui persistent que d’être empreints de la saveur du bonheur, rappellent qu’ici bas, on a tous vocation à souffrir, on ne peut se prévaloir de rien ni se fier à nos instincts pour espérer survivre, échapper à une fin programmée d’une inéluctabilité certaine. Je ne fais plus aucun pari sur la vie, cède à la tentation de croire que le seul horizon qui s’offre à tous, la destination certaine pour chacun, est déesse mort. Je fais appel à toute la force de ma foi pour continuer à espérer, vivre chaque instant qui se présente dans un moment compté. Je ne peux plus sourire que de l’insouciance d’un bonheur apparent, de l’orgueil d’un privilège illusoire. Que fait courir tant les hommes ? Pourquoi, voudraient-ils se sentir forts alors qu’ils ne sont même pas maîtres de leur propre vie, sont tributaires de la mort qui rôde autour de chacun, s’invite dans le quotidien de tous ?

Salifou Camara fut un homme fort, animé de courage et de détermination, que l’adversité exaltait, l’amitié engageait, la passion faisait vivre et avancer vers de grands sommets. Il a fait de toute  sa vie un combat avec des victoires glanées ça et là qui honorent sa mémoire et immortalisent son œuvre qu’on rappelera dans un florilège d’hommages et dans des actes de reconnaissance merités.  Super V n’est pas un nom de baptême mais le marqueur d’un esprit combatif et d’une âme de vainqueur. Jusqu’à son dernier souffle, Salifou Camara n’a pas été homme à s’avouer vaincu. Il s’est toujours refusé à abdiquer, il ne s’est couché pour personne, il a été, tout le temps, jusqu’au bout de tout ce qu’il a décidé et entrepris parce qu’il ne fait rien à moitié et n’aimait pas s’arrêter à mi-chemin ni faire défection. C’était un homme entier et d’une constance certaine dans les amitiés comme dans les adversités.  C’était un partisan du tout ou de rien, même s’il était capable parfois de compromis qui soit en phase avec ses convictions et les principes, chers à son cœur.

La mort n’est pas un point final, c’est le début du commencement de quelque chose de diffus et confus qui échappe à l’intelligence humaine, sonde l’inconnu, ne trouble pas la paix de la nature, jalouse de ses mythes et mystères.

Salifou, tu nous manqueras avant la prochaine rencontre.

 

Tibou kamara

Guineesignal

Recent Posts

AgriConnect : la Guinée mise sur l’agriculture pour sa souveraineté alimentaire

La Guinée franchit une nouvelle étape dans la transformation de son secteur agricole. Le ministère…

15 heures ago

Presse en Guinée : la HAC réhabilite plusieurs médias et journalistes

La Haute Autorité de la Communication a levé ce jeudi plusieurs sanctions visant des médias…

19 heures ago

Guinée : la diplomatie linguistique renforcée avec la clôture d’une formation en espagnol au CEFOPED

Le Centre de Formation et de Perfectionnement Diplomatique (CEFOPED) a marqué un nouveau pas dans…

2 jours ago

Arrestation de Cheick Camara : le SPPG dénonce une atteinte grave à la liberté de la presse en Guinée

Le Bureau National du Syndicat des Professionnels de la Presse de Guinée (SPPG) condamne avec…

3 jours ago

Bâtissons l’Afrique des corridors !

Pendant trop longtemps, nos tracés frontaliers n’ont été que des cicatrices mal refermées ou des…

6 jours ago