GRAND ANGLE

Opinion: Daouda Bah, victime expiatoire de la lâcheté politique (Par Abdoulaye Sankara)

Le journaliste de la RTG, Daouda Bah, a été sauvagement agressé le lundi 25 août 2025 par des manifestants déchaînés à Bomboly. Dans cette barbarie révoltante, il a perdu un œil. Son état de santé général demeure préoccupant et sa vie ne sera plus jamais la même.

Mais le plus insupportable n’est pas seulement l’acte, c’est aussi l’hypocrisie qui suivra. Quand les agresseurs seront identifiés et arrêtés, il se trouvera un politicien cynique pour affirmer, avec un aplomb glacial, qu’« il s’agit de ses militants » et qu’« ils manifestaient pacifiquement ». Pacifiquement ? Avec des pierres, des gourdins et du sang sur les mains ? Quelle ignominie !

Puis viendront les parents, récitant l’excuse habituelle : « Nos enfants revenaient de la mosquée lorsqu’ils ont été sauvagement interpellés par les forces de l’ordre. » Comme si aller prier effaçait les crimes commis, comme si la mosquée devait servir d’alibi à la haine.

Et au milieu de ce théâtre de mensonges et de lâcheté, qui portera la douleur de Daouda Bah ? Car même s’il survit — ce que nous lui souhaitons de tout cœur — il restera mutilé à vie, borgne, avec pour seul réconfort l’étreinte de sa famille.

Voilà où mènent les discours incendiaires des leaders politiques irresponsables : à envoyer des jeunes manipulés casser, frapper et mutiler, pendant qu’eux se terrent dans leurs villas climatisées ou s’affichent sur les plateaux, la bouche pleine de « démocratie » et de « droits humains ».

Non, ce crime ne doit pas passer par pertes et profits. Il doit ouvrir les yeux — ceux qui nous restent — sur la lâcheté d’une classe politique qui instrumentalise la rue, sacrifie la jeunesse et piétine la presse.

La justice doit frapper vite et fort. Pas seulement pour punir les coupables directs, mais pour briser la chaîne d’impunité qui nourrit cette violence. Daouda Bah ne doit pas devenir un nom de plus sur la longue liste des martyrs anonymes. Son œil perdu doit être un miroir tendu à la conscience nationale : voulons-nous d’un pays où la parole se paie par le sang et où l’information se solde par la mutilation ?

Que son sacrifice forcé serve d’électrochoc. Qu’il rappelle à chacun que protéger les journalistes, c’est protéger notre droit à la vérité, notre dignité collective et notre avenir commun. Car un peuple qui ferme les yeux sur la souffrance d’un journaliste, finit toujours par se réveiller dans les ténèbres de sa propre cécité.

Par Abdoulaye Sankara

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