GRAND ANGLE

Dans ce pays qui renaît enfin

Sous le ciel gris de cette saison des pluies, où les averses arrosent la Guinée comme un léger voile de mélancolie, un souffle de soulagement se fait entendre, à la fois discret et persistant.
On nous annonce que les banques, ces temples de l’argent où l’on a trop longtemps murmuré en vain, ont enfin reçu leurs cargaisons de liquidités. Une manne inespérée, nous dit-on, pour apaiser la soif d’espèces qui tourmentait les ménages et paralysait l’économie. La crise, cet ogre invisible, aurait-elle enfin desserré son étreinte ?
Pendant ce temps, les tambours de la politique résonnent à nouveau. Le pays s’apprête à tourner une nouvelle page, celle de la nouvelle Constitution. La campagne pour le « Oui » au référendum du 21 septembre 2025 est lancée. Et les voix officielles nous assurent que tout se déroule sans accroc. Le pays avance, sûr de son pas, vers un avenir qu’on nous peint ensoleillé, malgré le ciel gris.
Mais ce tableau, si parfait qu’on le voudrait, est-il vraiment fidèle à la réalité que nous vivons ? Derrière ces annonces rassurantes, une autre histoire se joue, celle de la galère ambiante qui fouette sans pitié les ménages des grandes villes. C’est l’histoire de ces mères de famille qui jonglent avec des prix qui s’envolent, de ces pères qui arpentent des rues défoncées, de ces enfants qui rêvent d’un repas complet.
C’est aussi l’histoire des sinistrés et victimes des inondations qui ont transformé Conakry en un vaste marécage de détresse. C’est l’histoire des transporteurs, véritables forçats de la route, qui se fraient un chemin à travers des nids-de-poule devenus des « cages d’éléphants », ces trous béants qui engloutissent espoirs et véhicules.
C’est l’histoire d’un pont effondré entre Labé et Pita, qui coupe en deux une artère vitale du pays, isolant des vies entières.
Oui, on nous dit que tout va bien. Sauf pour ceux dont la vie est une lutte quotidienne. Sauf pour les anciens dignitaires, dont les plus hauts placés pourrissent dans l’oubli des prisons, tandis que les nouveaux dirigeants, leurs protégés et une poignée de privilégiés savourent leurs salaires confortables. Pour eux, le soleil brille toujours. Pour le reste du pays, le ciel est une promesse lointaine.
Alors oui, le pays respire enfin un peu. On a mis de l’argent en circulation, on a lancé une nouvelle Constitution. Les annonces officielles sont encourageantes. Mais la vie, la vraie vie, continue de se débattre sous les averses. Et sous ce ciel pluvieux, chacun est convié à s’interroger sur l’énigme troublante qui demeure dans ce pays qui renaît enfin.
J’ai dit.
Par Alpha Abdoulaye Diallo in Le Populaire de ce mardi 9 septembre 2025
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