Je le pressais de questions sur le célèbre Bembeya, Jazz, sa création, son évolution, ses opus et ses musiciens, notamment le chanteur principal Aboubacar Demba Camara (mort tragiquement à Dakar en 1973, à 28 ans accomplis) et l’inimitable guitariste Sékou Diabaté.
Je lui avais un jour demandé si, lorsque Demba était encore dans l’orchestre, ils avaient conscience d’écrire l’histoire musicale de l’Afrique noire indépendante, il me répondit non. Pour eux, il faisaient de la musique, tout simplement, ils avaient un certain talent et du succès, c’était tout. Ça ne leur montait pas à la tête. Ils ne croyaient pas faire œuvre d’anthologie…
Il me raconta comment, avant de monter sur scène à La Havane, à Cuba, l’ambassadeur de Guinée se rendit compte dans les coulisses que les souliers de Demba étaient complètement éculés, l’empeigne décollée par endroits, et comment ce diplomate échangea vite les siens de la même pointure avec ceux de l’artiste, chanteur inventif et grand danseur par ailleurs. Et l’honneur national fut sauf. Le Bembeya, c’était l’art pour l’art, et non pour l’argent. C’était d’ailleurs ainsi pour tous les orchestres et musiciens solistes sous la Révolution…
Salif Kaba, second chanteur du groupe, était un véritable boute-en-train, il avait toujours le mot pour rire.
Puis il tomba malade et se fit rare dans le cercle. Ensuite, j’appris qu’il avait quitté son appartement de Kaloum et je ne le revis plus.
J’ignore s’il avait été pris en charge par le ministère de la Culture.
Mes condoléances les plus sincères à sa famille et au peuple guinéen dont il avait fait les délices avec ses camarades.
Allah lui fasse miséricorde et l’admette dans l’assemblée des Justes. Amina.