GRAND ANGLE

En Guinée, la filière du poulet local menacée

Salariés au chômage, usines à l’arrêt… En Guinée, c’est toute la filière du poulet local qui menace de disparaître. Minés par la concurrence étrangère, les producteurs sont aujourd’hui à l’agonie. Le pays risque de perdre plus de 5 000 emplois.

Au bout d’un petit chemin, au milieu des palmiers, une usine de poussins a éclos à la sortie de Coyah. C’était en 2021. « Ici, c’est le pédiluve, il faut d’abord y tremper ses chaussures, les désinfecter, avant de pouvoir entrer. » Le patron, Alhoussein Diallo, est à cheval sur les mesures d’hygiène. « Les deux dernières machines, on vient tout juste de les installer, car on pensait que la production allait reprendre. Ça, c’est ce qu’on appelle l’incubateur », indique-t-il.

Quand Alhoussein Diallo fait visiter son usine, chacune de ses phrases résonne dans l’immense bâtiment vide. Il a des trémolos dans la voix. Plus aucun de ses employés n’a mis les pieds ici depuis quatre mois. « Le problème, ce sont les importations de poussins, les poussins importés coûtent un peu moins cher que les nôtres. »

Des investissements vains

Malgré son investissement de près d’un million d’euros, Alhoussein a dû fermer temporairement son entreprise. Il n’arrivait plus à payer les charges. « Nous avons mené plusieurs démarches au niveau de l’État, on a rencontré certains ministres »

Mais jusqu’à présent, ça n’a rien donné, affirme-t-il. Le ministère de l’Agriculture dit suivre le dossier de près, assure que des mesures sont en préparation pour soutenir le secteur. « Si on n’arrive pas à interdire les poussins, on ne pourra pas produire localement », explique Alhoussein Diallo. Des poussins qui viennent de l’étranger et qui inondent le marché guinéen.

Une émigration forcée pour survivre ?

Dans la haute banlieue de Conakry, dans le quartier de Kissosso, Alhassane Keita nourrit ses poules tous les matins : « Au moins, quand je suis avec mes poules, le stress diminue un peu. » Voilà ce qui le relie encore à son métier. Vétérinaire, Alhassane travaillait autrefois à l’usine de Monsieur Diallo. Désormais, il est au chômage. Il se sent « très triste, parce que j’ai une famille nombreuse à nourrir. Je dois aussi prendre soin de ma femme qui est à l’hôpital. »

Avec son salaire de 400 euros par mois, il faisait vivre les 11 membres de sa famille. Mais aujourd’hui, il explique être sans ressources : « Après de longues années d’études, alors que tu espères pouvoir enfin commencer ta vie professionnelle, d’un seul coup, par manque de production, par manque de soutien, tout s’arrête. Moi, j’ai étudié pour servir mon pays, pas pour aller servir ailleurs. » Alhassane refuse pour l’instant d’envisager l’émigration, mais pourra-t-il faire autrement si son métier vient à disparaître en Guinée ?

rfi

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