GRAND ANGLE

La loi de la Démocratie ne ment pas, la voix du peuple ne trahit pas

Comme on ne peut mélanger torchons et serviettes, il serait hasardeux de confondre le pedigree des leaders régulièrement plébiscités avec le phénomène éphémère de cadres obnubilés par les décrets ou bercés d’illusions du pouvoir. On ne peut se fier à la tempête dans un verre d’eau que sont les tentatives avortées de bousculer des hiérarchies établies ou d’inverser un ordre politique notoire.

« Le traître est celui qui quitte son parti pour s’inscrire à un autre, et un converti celui qui quitte cet autre pour s’inscrire au vôtre », déclarait Clémenceau.

Passer d’un bord à l’autre est une pratique courante en politique. Changer de camp aussi. Mais rares sont ceux qui entraînent d’autres dans leur sillage, laissant un vide derrière eux. Parfois, c’est l’effet boomerang : les départs resserrent les rangs, battent le rappel des troupes autour des leaders. Car chaque ralliement à l’adversaire devient un défi, à la fois individuel et collectif.

En Guinée comme ailleurs, l’engagement politique n’est ni un dogme ni un voyage sans retour. C’est un feuilleton à rebondissements, où certains montent dans le train à chaque station, tandis que d’autres en descendent. On n’atteindra jamais la gare ultime, mais à chaque arrêt, chacun choisit librement sa destination, son trajet, l’instant d’embarquer ou l’heure des adieux. Il est toujours plus aisé de savoir d’où l’on vient que d’imaginer où l’on va. Si l’immobilisme lasse et le dénuement irrite, les aventures, elles, peuvent être fatales.

Dans cette valse d’intérêts et cette migration irrépressible des allégeances, chacun semble murmurer, en ferme résolution : « Il n’y a pas de train que je ne prendrais pas, peu importe où il va » (Edna St. Vincent Millay).

D’aucuns rétorqueront que l’histoire est mouvement, la vie changement, la politique n’étant point une religion et l’homme demeurant imprévisible. Les arguments pour justifier reniements et revirements ne manquent jamais, tout comme les raisons de choisir l’honneur et les principes, en plaçant ses convictions au-dessus des intérêts mesquins.

Les partis politiques sont marqués par l’instabilité des hommes, le poids de l’histoire et les exigences de la vie. Ils attirent facilement, mais retiennent mal face aux tentations du pouvoir. Ces entités, jadis lieux de passion idéologique, ne sont plus que l’antichambre du pouvoir, un tremplin pour briser les plafonds de verre. Sous nos cieux, nul concours ni critères ne régissent l’accès au militantisme ou au leadership. Pourtant, pour durer et peser, un fief est essentiel, tout comme se soumettre à la vérité cardinale des urnes : il faut aller au charbon.

Or, la plupart de ceux qui se disent « politiques », pérorant sur la place publique ou se comparant aux élus, n’ont jamais affronté les électeurs ni conquis le moindre bastion. Ils abandonnent l’arène pour devenir porte-flingues de dirigeants, attendant des faveurs ou une position enviable. Ceux-là haïssent les élections et dénigrent la démocratie. Sans les réseaux sociaux ou les médias – leur seule caisse de résonance –, la sélection naturelle aurait depuis mis fin à leur imposture et arrêté la cacophonie.

Au final, qui abuse de qui ? Qui instrumentalise l’autre ? N’y a-t-il donc ni mémoire collective ni discernement chez nos têtes couronnées ? Depuis la nuit des temps, « tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute ». Il n’y aurait point de courtisans si nul ne se laissait courtiser, si chacun restait vigilant. Sommes-nous artisans de nos propres malheurs ?

Dans le débat public, distinguer posture et imposture relève du défi, tant les deux faces se confondent. Dans les partis, même opacité : le leader s’entoure de cooptés sans légitimité hors de son bon vouloir. Rares sont les responsables marquants par leur poids électoral ou politique. Ces « fonctionnaires » de parti finissent par se croire capables de rafler des suffrages, voire de devenir « calife à la place du calife ». Mais quand la succession s’engage, leur chute est rude : en voulant tout avoir, ils perdent tout. On ne s’improvise pas leader ; on le devient.

Enfin, un parti ne se conquiert pas par le haut, mais par l’adhésion inconditionnelle de la base. Nul décret ne fait un leader, nulle autorité ne captive les électeurs. Pour diriger un parti, ce sont les militants qui tranchent. Pour la présidence, ce sont les urnes qui départagent.

Vox populi, vox Dei : la voix du peuple est la voix de Dieu.
Le peuple espère se prononcer. Dieu attend de dire son dernier mot.

Tibou Kamara

Guineesignal

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